La Mode et la Politique dans le Portrait de l’Impératrice Eugénie par Franz Xaver Winterhalter entouré de ses Dames d’honneur

 Franz Xaver Winterhalter, L'Impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d'honneur, 1855. Huile sur toile (300 x 420 cm). Musées Nationaux du Palais de Compiègne, France.

Franz Xaver Winterhalter, L’Impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d’honneur, 1855, huile sur toile, 300 x 420 cm (Musées Nationaux du Palais de Compiègne, France)

Dans une peinture à l’huile plus grande que nature, un groupe de belles femmes est disposé en groupes décoratifs dans un paysage forestier idyllique orné de roses, de lilas et d’autres fleurs. Intitulé L’Impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d’honneur par l’artiste Franz Xaver Winterhalter, le portrait de 1855 représente l’impératrice française Eugénie, épouse de Napoléon III entourée de ses serviteurs impériaux. En groupe, ils créent un mirage de beauté qui semble aussi éthéré que de la barbe à papa.

 André Adolphe Eugène Disdéri, Exposition Universelle des Beaux-Arts, Paris 1855, Salon carré, France, photographie, 37 x 53 cm (Bibliothèque nationale de France)

André Adolphe Eugène Disdéri, Exposition Universelle des Beaux-Arts, Paris 1855, Salon carré, France, photographie, 37 x 53 cm (Bibliothèque nationale de France)

La peinture a été exposée pour la première fois en 1855 à l’Exposition Universelle de Paris, un événement international important auquel ont participé la Reine Victoria et le Prince Albert ainsi que plus de cinq millions de visiteurs pendant sa course de mai à novembre. Ce tableau monumental a été exposé dans une position bien en vue dans l’une des salles d’exposition principales et cet emplacement est remarquable, d’autant plus que le règne de Louis-Napoléon en tant qu’empereur était relativement nouveau et avait fait suite à un coup d’État sanglant qu’il avait initié en décembre 1851. Que peut révéler cette peinture faussement jolie sur l’intersection de la mode et de la politique sous le Second Empire ?

Commandes Winterhalter et portrait

Lorsqu’un artiste entreprend une commande de portrait, il doit s’assurer que son client est satisfait du résultat s’il souhaite être payé pour son travail. Avant de recevoir cette commande d’Eugénie, Franz Xaver Winterhalter, d’origine allemande, était un portraitiste populaire dans les milieux royaux et aristocratiques européens. Non seulement il était habile à capturer les textures riches et les détails subtils des vêtements à la mode de sa gardienne, mais ses portraits étaient particulièrement flatteurs pour les gardiennes.

 Franz Xaver Winterhalter, L'impératrice Eugénie (Eugénie de Montijo, 1826-1920, Condesa de Teba), 1854. Huile sur toile (92,7 x 73,7 cm). Le Metropolitan Museum of Art

Franz Xaver Winterhalter, L’Impératrice Eugénie (Eugénie de Montijo, Condesa de Teba), 1854, huile sur toile, 92,7 x 73,7 cm (Le Metropolitan Museum of Art)

Eugenia de Guzmán, comtesse de Teba, épouse Charles-Louis Napoléon Bonaparte III en 1853, et Winterhalter est l’un des nombreux artistes chargés de réaliser des portraits de la nouvelle Impératrice. Dans les années 1850, la photographie n’était pas encore devenue un moyen de diffuser la ressemblance d’une gardienne, et le portrait peint avait longtemps été un instrument de politique. En 1854, Winterhalter réalise un portrait à petite échelle dans lequel Eugénie est façonnée en hommage à la reine de France Marie-Antoinette. Dans cette œuvre, les cheveux auburn d’Eugénie sont poudrés, sa peau olive est éclaircie d’un blanc translucide qui ressemble à de la porcelaine, et sa robe fait référence à un style autrefois privilégié par la reine française condamnée du XVIIIe siècle. De cette façon, l’Impératrice d’origine espagnole a été refaite comme une beauté française emblématique.

En tant qu’épouse née à l’étranger de Napoléon III, Eugénie avait besoin d’affirmer son allégeance au peuple français. En commandant cette œuvre à petite échelle à Winterhalter l’année qui a suivi son mariage et en adoptant un style vestimentaire associé à Marie-Antoinette, Eugénie a pu articuler son identité française au service de la monarchie nouvellement restaurée. L’impératrice a dû être satisfaite de l’œuvre puisqu’elle a occupé une place de choix dans son salon des dames de sa résidence principale pendant de nombreuses années. Dans les années qui ont suivi, Winterhalter a peint plusieurs autres portraits d’Eugénie, mais le plus connu est le travail à grande échelle d’Eugénie avec ses dames en attente.

 Franz Xaver Winterhalter, L'impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d'honneur, 1855. Huile sur toile (300 x 420 cm). Musées Nationaux du Palais de Compiègne, France.

Franz Xaver Winterhalter, L’Impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d’honneur, 1855, huile sur toile, 300 x 420 cm (Musées Nationaux du Palais de Compiègne, France)

Dans le portrait de groupe de Winterhalter de 1855 d’Eugénie et de son entourage, les dames sont assises en groupes décoratifs. Dans cette œuvre plus grande que nature, il y a un rythme circulaire créé par le placement des figures et l’utilisation de lignes diagonales dans le positionnement de leurs bras. Cela aide l’œil à se déplacer dans la peinture. Leurs teints ressemblant à de la porcelaine sont mis en valeur sur leurs cheveux noirs et le fond sombre de la forêt. Chacune des femmes représentées peut être identifiée par son nom et leur position dans la composition reflète la hiérarchie de leur position. Par exemple, Eugénie remet le bouquet symbolique de violettes à la princesse d’Essling, sa compagne la plus importante, et à la femme qui a servi de grande maîtresse.

 Franz Xaver Winterhalter, Florinda, 1853, huile sur toile, 178,4 x 245,7 cm (Metropolitan Museum of Art)

Franz Xaver Winterhalter, Florinda, 1853, huile sur toile, 178.4 x 245.7 cm (The Metropolitan Museum of Art)

Franz Xaver Winterhalter, sketch of the Empress Eugénie Surrounded by her Ladies-in-Waiting, 1855, oil, 35.5 x 40 cm (Donaueschingen: collections princières Fürstenbergische)

Franz Xaver Winterhalter, preparatory sketch of the Empress Eugénie Surrounded by her Ladies-in-Waiting, 1855, oil, 35.5 x 40 cm (Donaueschingen: Fürstlich Fürstenbergische Sammlungen)

La composition du portrait de groupe de l’impératrice et de ses serviteurs emprunte à une autre œuvre de Winterhalter exposée récemment au Salon de 1853 sous le titre Florinda. Il représente une scène de la légende de Roderick. Dans ce conte, le dernier roi des Wisigoths espagnols rencontre Florinda qui se baigne dans un jardin. Dans la représentation de Winterhalter, elle est assise juste à gauche du centre et il y a un fort mouvement dynamique car les figures de chaque côté forment des diagonales qui mènent aux figures au centre. L’artiste utilise également le contraste de la lumière et de l’obscurité pour attirer l’attention sur le corps souple des femmes, les tons de peau en porcelaine et les cheveux brillants. Ce sont des personnifications de la beauté idéalisée.

Une esquisse préparatoire d’Eugénie avec ses dames par Winterhalter indique que l’artiste a d’abord envisagé un groupe de préposés légèrement plus important.

 Franz Xaver Winterhalter, L'impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d'honneur, 1855. Huile sur toile (300 x 420 cm). Musées Nationaux du Palais de Compiègne, France.

Franz Xaver Winterhalter, L’Impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d’honneur, 1855, huile sur toile, 300 x 420 cm (Musées Nationaux du Palais de Compiègne, France)

Pour le portrait de groupe de 1855, Winterhalter a placé Eugénie assise à gauche du centre, près de l’endroit où Florinda était assise, mais sur un plan légèrement surélevé. L’impératrice est vêtue d’une robe de soirée en gaze de soie blanche garnie de rubans de satin de soie de couleur violette. Son teint est blanc et ses cheveux décorés de violettes — sa fleur préférée. Ses dames d’honneur sont habillées de la même manière dans d’élégantes robes de soirée en soie au sol, dont la couleur varie du blanc crème, du rose, du jaune, du violet, du gris tourterelle au vert forêt. Les décolletés profonds de leurs corsages basques mettent en valeur des cous gracieux et des bras dénudés tandis que les larges jupes crinolinées à volants à plusieurs niveaux entourent leurs jambes dans des bassins de tissu. Chaque femme est représentée dans une lumière des plus flatteuses — avec une peau impeccable, des cheveux brillants, une silhouette élégante et une pose raffinée.

 Franz Xaver Winterhalter, L'impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d'honneur (détail), 1855. Huile sur toile (300 x 420 cm). Musées Nationaux du Palais de Compiègne, France.

Franz Xaver Winterhalter, L’Impératrice Eugénie Entourée de ses Dames d’honneur (détail), 1855, huile sur toile, 300 x 420 cm (Musées Nationaux du Palais de Compiègne, France)

Pourquoi la mode compte-t-elle dans ce tableau?

Il y a un sens aigu de la féminité dans cette œuvre. Les grandes longueurs de soies colorées, les garnitures ornées de dentelle et les rubans de soie qui composent les robes à la mode de la dame sont des signifiants visibles de richesse et de classe. Pendant le Second Empire du règne de Napoléon, des règles élaborées autour de l’apparence régissaient ce qui pouvait être porté et quand, de sorte que les dames comme celles représentées dans cette œuvre changeaient généralement de vêtements au moins sept ou huit fois par jour. Les robes de jour et de soirée étaient portées par-dessus des couches de sous-vêtements, y compris des corsets et des crinolines (un jupon rigide qui donnait forme à une jupe de femme) qui créaient une silhouette en forme de cloche soit à travers des couches de jupons, soit à travers une armature métallique. Les crinolines donnaient l’illusion d’une taille élancée en élargissant les hanches, et en tant que telles, elles étaient un signifiant notable de la féminité. Bien qu’ils réduisent également la mobilité d’une femme et l’éloignent physiquement des autres, les crinolines étaient extrêmement populaires. Eugénie a été l’une des premières à adopter cette mode et, en tant que leader de la mode, elle a été surnommée la « comtesse de la mode ». »Dans le portrait de groupe de Winterhalter, Eugénie et les nobles dames de la cour de France sont habillées à la hauteur de la mode française comme des modèles de féminité et de beauté.

Ce tableau est plus qu’une jolie image de dames dans un paysage. Au lieu de cela, cette œuvre monumentale de Winterhalter, considérée comme son œuvre la plus connue et vue par des millions de personnes, pourrait être plus précisément comprise comme une œuvre de propagande du politiquement astucieux Napoléon III. Eugénie tient un bouquet de violettes dans sa main droite — un symbole qui serait reconnu comme un symbole de loyauté par les partisans bonapartistes. En positionnant sa femme comme le modèle de la féminité et la pièce maîtresse à la mode au sein d’un cercle de belles dames de la cour impériale française, Eugénie d’origine espagnole a été refondue comme l’ornement à la mode, élégant et beau du Second Empire. Dans sa position de premier plan au Salon de 1855, Napoléon a exploité le pouvoir de l’art pour transmettre des idées de pouvoir et de prestige.

Comme le montre cet exemple, l’utilisation de la mode comme lentille d’analyse peut révéler une compréhension nuancée d’une œuvre. Sous la représentation apparemment superficielle de Winterhalter d’un groupe de belles dames dans un cadre pastoral, les nuances du pouvoir politique, du sexe et de l’ethnicité sont révélées.

Ressources complémentaires :

Laure Chabanne,  » Eugénie, impératrice de la mode ? » Sous L’Empire des Crinolines. (Paris : Musée Galliera, 2009.)

Alison McQueen, l’impératrice Eugénie et les Arts: Politique et culture visuelle au XIXe siècle (Ashgate Publishing, 2011).

Ingrid E. Mida, Lecture de la mode dans l’Art (Bloomsbury Visual Arts, 2020).

Phillippe Perrot, Fashioning the Bourgeoisie: A History of Clothing in the Nineteenth Century, traduit par Richard Bienvenu (Princeton University Press, 1994).

Portrait de l’Impératrice Eugénie par Winterhalter au Metropolitan Museum of Art

Florinda par Winterhalter au Metopolitan Museum of Art

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.